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| Extraits de « Toulouse, Chronique d’un désastre
annoncé », H. Farreny et C. Moretto, Cepadues,
Décembre 2001, Reproduction avec l’aimable autorisation des Editions Cepadues, 111, rue Nicolas Vauquelin, 31000 Toulouse |
| Le
double confinement du phosgène rompu |
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(...)
Nous avons constaté le 23 octobre 2001, lors de la visite à
la SNPE du Secrétariat Permanent pour la Prévention des
Problèmes Industriels (SPPPI), que la petite enceinte de confinement
des cinq cuves de phosgène de la SNPE a été gravement
touchée lors de l’explosion du 21 septembre : la paroi
nord de cette enceinte était refaite à neuf. Le directeur
qui, avait été très réticent [1] pour nous amener voir les cuves et les conteneurs de
phosgène, a reconnu que le double confinement avait été
rompu, jusqu’aux réparations évidemment [2]. Il a affirmé que les cuves n’avaient pas reçu
de projectile. Comme il nous avait appris auparavant que la grande cuve de
méthanol, plus loin, avait été atteinte par des projectiles
(et suffisamment abîmée pour qu’il faille finir de la vider),
j’ai demandé quelles étaient les épaisseurs des divers
récipients de phosgène et de méthanol. Il n’a pu me
répondre [3].
De même, les portes de l’enceinte de confinement des wagons de chlore (toujours à la SNPE) ont été soufflées. L’alimentation électrique a été interrompue et des systèmes de ventilation ont été mis hors d'usage [4] . La cheminée générale de l’usine haute de 85 mètres, a été suffisamment éprouvée par l’onde de choc pour que, plus de deux mois après l’accident, les signaux de signalisation à destination des… avions (!) ne soient pas encore réinstallés. Que se serait-il passé si cette cheminée, implantée à 70 environ mètres de l'atelier de phosgène et à 30 mètres environ de l’atelier d’hydrogène [5], avait été décapitée ? A noter : les quatre cuves en charge (une cinquième cuve est en réserve), d'une capacité autorisée actuelle de 10 tonnes chacune, ne sont plus semi-enterrées comme autrefois et sont donc beaucoup plus vulnérables qu'on a bien voulu le dire. Si une ou plusieurs cuves avaient été percées le 21 septembre, le dégagement de gaz [6] aurait pu dépasser très largement les 437 kilogrammes et 627 secondes convenus. En outre, lors de l’explosion, des dizaines de conteneurs remplis de phosgène gisaient à proximité des cuves, sur le quai de chargement ferroviaire. Le 23 octobre, un mois après l’explosion, en visitant [7] la SNPE, nous avons dénombré encore une soixantaine de ces conteneurs dont, selon la direction, dix neuf pleins (à raison de 950 kilogrammes de phosgène pour chacun). Nous n'avons pu vérifier si les conteneurs avaient souffert de chocs car une bâche les dissimulait. |
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Black-out sur la rupture du double confinement du phosgène |
| « Tout Toulouse
» du 7 novembre 2001 (enfin), dans un article de quatre pages consacré
aux visites d’AZF et de la SNPE, n’a trouvé que quatre lignes pour
la formule réductrice suivante : « les plaques de métal
du côté nord ont été changées récemment,
preuve [8] que l’explosion avait réussi à
rompre le double confinement. ». A ma connaissance, au jour où
j’écris ce passage (27 novembre), ni La Dépêche, ni
Le Monde, ni TLT, ni TF1, ni France 2, ni France 3 Sud (liste non limitative)
n’ont fait état de cette information, très importante évidemment.
A partir du 17 novembre, la SNPE a organisé plusieurs journées
« portes ouvertes » couvertes par les médias, mais
superficiellement : pas un mot sur le sujet (jusqu’à présent).
Le rapport de l’Inspection Générale de l’Environnement rendu
le 24 octobre 2001 est tout aussi silencieux. Idem pour la rupture du double
confinement du chlore. Le 27 novembre, lors de la journée « Ateliers préparatoires du débat régional » organisée par le SPPPI, j’ai voulu informer l’assistance de la rupture du double confinement du phosgène. J’ai été brutalement interrompu par les protestations de certains membres du personnel de la SNPE, dont une dame qui, se présentant comme chimiste de la SNPE [9], a démenti avec véhémence la rupture du double confinement (et fait diversion en niant que du phosgène se soit échappé alors que personne ne l’avait prétendu). Comment peut-on discuter de l’avenir de la Zone Chimique si de tels faits sont tus ? Pour aller de l’avant il faut dire et reconnaître la vérité. |
| Notes [1]
La visite a eu lieu essentiellement en autobus. Dès le début
puis deux fois pendant le parcours j’ai demandé à voir les
cuves et les conteneurs de phosgène. Par trois fois le directeur
a promis que nous les verrions. Jusqu’au moment où j’ai réalisé
que le bus nous ramenait vers la sortie. Il a fallu que je m’insurge
: le bus a fait demi-tour.
[2] Ce fait contrariait absolument les déclarations lénifiantes générales relatives à la résistance des installations techniques de la SNPE. La délégation du SPPPI comprenait, outre moi-même : Jean-Pierre Bataille, Dominique Gilbon, Pierre Labeyrie, Jean Mahenc, Alain Marcon, Philippe Masson, André Savall. Toutes ces personnes peuvent confirmer mes dires. Le compte-rendu de visite réalisé par le collectif « Plus jamais çà », largement diffusé aux médias, note : « le souffle ou des projectiles ont éventré cette paroi ». [3] J’ai appris par la suite que les épaisseurs étaient : 8 mm pour la cuve de méthanol et 18 mm pour les conteneurs de phosgène (partie « dôme »). L’épaisseur des cuves de phosgène est de 20 mm. [4] Jusqu’au 21 septembre 2001, la SNPE lâchait légalement dans l'atmosphère plusieurs dizaines de kg de phosgène par jour : elle était autorisée à rejeter jusqu’à 8 kg par h (soit 192 kg par jour). Naturellement elle n’avait pas le droit d’envoyer des bouffées instantanées de 192 kg de phosgène chaque jour, ni même de 8 kg chaque heure : elle était tenue de diluer les rejets de « gaz de procédés » de sorte à ne pas dépasser une valeur limite de concentration fixée à 0,16 g de phosgène par m3 d'air finalement évacué via la cheminée générale de l’usine (haute de 85 m). Un puissant ventilateur devait assurer un débit d’au moins 55000 m3 d'air par heure. La surveillance des rejets devait être effectuée en continu et enregistrée, avec contrôle annuel par la DRIRE. Les conditions que je rapporte ici sont celles imposées par l’arrêté préfectoral SNPE le plus récent (26 novembre 1997). On peut observer que 0,16 g par m3 est encore une concentration très élevée : elle correspond exactement à la valeur que le Professeur Paulet de l’université de Rennes appelait en 1980 le « minimum létal » pour un temps d’exposition d’une minute. [5] La SNPE est autorisée à produire trente six millions de mètres cubes d’hydrogène par an (soit environ 100 000 m3/j). [6] A pression normale, le phosgène liquide passe à l'état gazeux à 8,2° C. [7] Au sein de la délégation du Secrétariat Permanent pour la Prévention des Problèmes Industriels (SPPPI). [8] Cette formulation réductrice tait que le directeur a reconnu le fait. [9] Cette dame faisait partie des accompagnants lors de mes visites à la SNPE les 23 octobre et 17 novembre. Elle était présente, et silencieuse quand MM. Meyniel puis Surroca ont reconnu que le double confinement a été interrompu . |